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Porto Rico, le territoire délaissé

Dernière mise à jour : 28 oct. 2025

Porto Rico est un territoire non incorporé des États-Unis : c’est une zone géographique qui fait partie d’un pays, mais qui n’est pas soumise aux mêmes lois ou régulations qu’un territoire "incorporé". En d’autres termes, c’est un territoire qui ne fait pas partie d’un état ou d’une province de manière administrative, même s’il est sous la souveraineté du pays. Par exemple, les Porto-ricains ne peuvent pas voter pour les élections présidentielles, alors qu'ils sont pleinement citoyens américains. Cette différence de droits entre les Porto-ricains et les autres citoyens américains est discutable, et relève d'une forme d'injustice. Focus sur un territoire américain pas comme les autres...


L'histoire de Porto Rico


En 1493, Porto Rico devient une colonie espagnole après l'arrivée de Christophe Colombe ; la culture indigène dominante était celle des Taïnos. Cette culture disparut peu a peu durant la seconde moitié du 16e siècle à cause de la présence importante des colons, et des guerres que ces derniers menèrent contre les Amérindiens, qui ont mené à la perte de la majorité du peuple. Située dans le nord-est de la mer des Caraïbes, Porto Rico est un pôle militaire crucial pour les Espagnols. Cependant, la guerre hispano-américaine de 1898 étant remportée par les États-Unis, amène à la cession de l'île de Porto Rico (ainsi que Guam et les Philipines) en 1899 par les Américains en échange de 20 millions de dollars. Après la participation importante des Porto-ricains durant la seconde guerre mondiale, les premières élections démocratiques voient le jour, en 1945, donnant le pouvoir à Luis Muños Marin. En 1952, ce dernier va faire en sorte que Porto Rico devienne une autonomie partielle vis-à-vis des États-Unis étant donné les tensions grandissantes des mouvements indépendantistes. Ainsi, Porto Rico est considéré comme État associé. En clair, les Porto-ricains sont soumis à la loi fédérale américaine, leur chef d'état est considéré comme un gouvrerneur (comme dans les autres états américains), or les représentants politiques sont simplement observateurs à Washington D.C : Les représentants portoricains siègent à la Chambre des représentants des États-Unis, mais contrairement aux représentants des 50 états, ils n'ont pas de droit de vote. Ils peuvent participer aux discussions, proposer des projets de loi et siéger dans les commissions, mais ils ne peuvent pas voter sur la législation lors des sessions plénières de la chambre. Depuis les années 50, deux positions émergent au sein du territoire : l'intégration de Porto Rico comme 51e état américain afin d'obtenir les mêmes droits que les autres états, ou l'indépendance du territoire.


 la baie de San Juan, point stratégique de la mer des Caraïbes.
 la baie de San Juan, point stratégique de la mer des Caraïbes.


Des tensions croissantes


En 2006, le FBI procède à des arrestations musclées des forces indépendantistes porto-ricaines avec l'utilisation de gaz lacrymogène et de coups de feu, faisant plusieurs blessés dont des journalistes. Bien que l'information n'ait pas été relayé en masse par la presse, l'ONU dénonce la même année les interventions du FBI, et réclame la libération de tous les prisonniers politiques porto-ricains, dont certains sont en prison depuis 25 ans. L'ONU dénonce également le "déni du droit à l'autodétermination du peuple portoricain" .


De nombreux référendums ont été mis en place afin de décider de l'avenir de Porto Rico, mais aucun n'a abouti à un résultat concret. Les États-Unis ne voulant pas de Porto Rico comme état, mais comme territoire associé ne correspond donc pas aux objectifs d'indépendance des Porto-ricains. Il semble que les deux partis ne peuvent se mettre d'accord étant donné la complexité des enjeux : en effet, Porto Rico reste un territoire assez pauvre et endetté, et bien qu'il soit rattaché aux États-Unis, les aides financières se font très rares.


Université de Porto Rico
Université de Porto Rico

Luis Ayala de la Cruz, professeur d’histoire des Etats-Unis à l’université de Porto Rico : "de nombreux Portoricains estiment qu’ils sont traités comme des citoyens de seconde zone ".


L'ouragan Maria


En 2017, l'île est ravagée par un violent ouragan, causant la mort de près de 3 000 Porto-ricains.


Une rue à Guayama, à Porto Rico, après le passage de l'ouragan Maria.
Une rue à Guayama, à Porto Rico, après le passage de l'ouragan Maria.

Cette catastrophe met à mal l'île, qui lourdement endétée, ne peut gérer la catastrophe. Porto Rico en arrive à être placé en faillite, à cause de la hauteur de la dette qui, bien que réduite après l'ouragan, s'élève à 11 milliards de dollars. Les conséquences s'abattent évidemment sur les habitants de l'île qui se retrouvent dans une situation de précarité. Cette situation désastreuse a montré le désintéressement du gouvernement américain (sous Trump à ce moment-là...) quant aux catastrophes qui ont touchées l'île. Le journal américain le Washington Post révélait que les Etats-Unis avaient réagi plus vite après le tremblement de terre de 2010 en Haïti que pour venir en aide à Porto Rico après Maria. Deux jours après le séisme, 8 000 militaires étaient en route pour Haïti, tandis que huit jours après Maria, ils n’étaient que 4 400 à Porto Rico. De plus, les aides apportées par Donald Trump n'arrivaient pas rapidement, retardant l'efficacité des secours...


"Le Texas et la Floride gèrent mais Porto Rico, qui souffrait déjà d'infrastructures fragiles et d'une dette massive, est dans une situation compliquée..."
"Le Texas et la Floride gèrent mais Porto Rico, qui souffrait déjà d'infrastructures fragiles et d'une dette massive, est dans une situation compliquée..."

La provocation de Donald Trump n'est pas à négliger dans ce cas précis : peu de jours après l'ouragan le président américain réagit sur Twitter concernant la situation de Porto Rico, (comme si cela ne le concernait pas...) ce tweet ne semble même pas avoir été écris par un président, n'eprouvant aucune empathie envers l'île et ses habitants. De plus, la comparaison avec les deux états américains, est totalement déplacée et relève d'une forme de mépris de la part du président : tandis que les états américains gèrent parfaitement la crise, Porto Rico regarde sans même pouvoir agir.


Durant sa campagne de 2024, pour son grand retour à la tête du pays, Donald Trump avait mis en avant certains de ses partisans lors de ses meetings tous plus problématiques les uns que les autres. Le dimanche 27 octobre, Donald Trump tient un meeting au Madison Square Garden et y invite l’humoriste texan et animateur Tony Hinchcliffe qui tient alors, un propos raciste sur l'île de Porto Rico la surnommant l'"île d'ordures au milieu de l'océan". Bien que le candidat républicain se soit désolidarisait de son invité, ce comportement illustre l'exécration qu'une partie de la population américaine a envers Porto Rico. Cela est la conséquence d'un manque d'information et de culture vis-à-vis de la place de Porto Rico dans l'histoire américaine.



Ainsi, "La Isla del Encanto" ("L'île du Charme"), connaît des moments difficiles avec l'exode important de sa population, et la pauvreté. Cependant, Porto Rico reste la troisième destination leader de toute la Caraïbes, derrière la République Dominicaine, ce qui lui permet de rester attractive.


Bad Bunny durant une manifestation à Porto Rico pour demander le départ du gouverneur.© Getty Images via AFP
Bad Bunny durant une manifestation à Porto Rico pour demander le départ du gouverneur.© Getty Images via AFP

Bien que délaissée par les États-Unis, Porto Rico peut compter sur le soutien de ses locaux dont certains sont devenus des artistes mondialement connus et surtout écoutés et entendus : Bad Bunny, met en avant la culture de son île fièrement tout en partageant l'histoire de celle-ci et en favorisant le tourisme pour permettre à son île de se réactiver malgré la situation compliquée dans laquelle elle se trouve.









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