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La culture amazighe en résistance

Originaire d'Afrique du Nord, ce groupe ethnique aussi appelés "berbères", forme une grande partie des populations des pays africains. Ils sont principalement présents au Maroc, en Algérie ou en Tunisie mais aussi, en Libye, en Égypte, au Niger, au Mali ou encore en Mauritanie. En 2022, on estime la population Amazigh à plus de 30 millions de personnes, en Afrique du Nord et dans le Sahel, selon l'ONG IWGIA (Groupement international de travail pour les affaires indigènes). Or, les traditions et dialectes eux, sont menacés : l'UNESCO a classé la langue Amazigh comme langue en voie de disparition. On peut donc se demander comment la culture Amazigh peut-elle résister et éviter sa disparition ?



Exposition "Amazighes" au Mucem (Marseille) du 30 avril 2025 au 2 novembre 2025
Exposition "Amazighes" au Mucem (Marseille) du 30 avril 2025 au 2 novembre 2025

La colonisation des peuples Amazigh


Les peuples Amazigh ont connu multiples périodes de colonisation : avant l'annexion par les Romains en -46, des royaumes berbères de Numidie, en Afrique du Nord, les peuples Amazigh étaient libres et souverains, c'est ce que l'on appelle l'indépendance de Numidie. En 429, on assiste à la chute de la domination romaine, les Byzantins reprennent une partie du territoire avant la conquête arabe au 7e siècle. Ces périodes de colonisation touchent les territoires amazighs, avec des impacts forts sur leur culture, langue et organisation sociale. Au 19e et 20e siècles, la colonisation occidentale impacte davantage cette culture parfois invisibilisée par les peuples occidentaux. On assiste à des phénomènes sociaux récurrents dans le cadre de la colonisation : l'acculturation, se produit lorsqu'un groupe de personnes adopte totalement ou en partie la culture d'un autre groupe de personnes. L'assimilation est le fait pour un pays colonisateur de chercher à intégrer un groupe ou une minorité dans sa population en lui enlevant son caractère distinctif (sa culture). Ainsi, ces peuples n'ont pas eu d'autres choix que de restreindre la transmission de leur culture (comprenant le dialecte, les traditions etc.). Dans les pays où se trouvent les peuples Amazigh, leur langue n'est donc pas la première langue, elle n'est plus parlée par la majorité des natifs ce qui empêche son développement. C'est ce qu'explique Mouloud Benzadi, écrivain Algéro-Anglais : "sous sa forme actuelle elle ne peut se mesurer au niveau intellectuel international pour avoir accès aux sciences, à la médecine, à la technologie, à la philosophie et autres… elle reste donc en retard au sujet de l’actualité, son utilisation se limite au niveau oral ..."


Des divergences conflictuelles


L'écrivain Algéro-Anglais met l'accent sur une problématique persistante concernant le dialecte Amazigh : la divergence de perception des règles de la langue et de ses termes. En effet, bien que l'on tente de la promouvoir, il reste important que la langue soit unifiée et commune. Or, certains optent pour l'utilisation de l’alphabet arabe pour écrire la langue amazigh et ceux pour la religion, alors que d’autre veulent une écriture en lettre latine en rapport avec l’occident, contrairement aux amazighs du Maroc et de Libye qui s’accrochent à l’alphabet de leurs ancêtres. Selon lui, c'est un véritable frein à la promotion de cette langue et à sa protection.



Des initiatives qui donnent espoir



Exposition "Amazighes" au Mucem (Marseille) du 30 avril 2025 au 2 novembre 2025
Exposition "Amazighes" au Mucem (Marseille) du 30 avril 2025 au 2 novembre 2025

Des chaînes ou radios nationales utilisent la langue berbère comme langue principale : permettant de faire perdurer l'utilisation du dialècte, comme Berbère TV (en 2000) en Algérie ou Tamazight TV (en 2010) au Maroc. Elles permettent la normalisation de la langue berbère dans des pays où l'arabe est la première langue, et d'êtres reconnues nationalement : En Algérie, le berbère est depuis 2002 « langue nationale » et au Maroc, il est "langue officielle" depuis 2011. Cette reconnaissance par les états représente un impact dans la reconnaissance du dialecte Amazigh.


Des initiatives culturelles permettent de mettre en lumière cette culture encore peu connue du monde occidentale. C'est par ailleurs l'objectif du Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) à travers son exposition éphémère "Amazighes" du 30 anvril 2025 au 2 novembre 2025. Cette exposition nous plonge dans l'histoire de ce peuple, ces vêtements, ces créations artisanales, sa langue tout en mettant l'accent sur la place fondamentale des femmes berbères, des pilliers de la communauté.


AKHNIF
AKHNIF

Vêtement de prestige masculin, l'akhnif est une cape noire semi-circulaire à capuche tissée d'un seul tenant sur un métier à tisser vertical. Cette tapisserie de laine de mouton et de poils de chèvre noirs se couvre de motifs brochés en laine colorée rouge, par un jeu de fils de trame supplémentaires.

Le grand motif dorsal rouge, lune ou œil, ayn, protège du mauvais sort celui qui le porte. Vestige de pratiques textiles méditerranéennes antiques, sa fabrication complexe a subsisté dans les régions montagneuses marocaines.






TAPIS NOUÉ DES AÏT WAWZGIT
TAPIS NOUÉ DES AÏT WAWZGIT


Pour chaque tapis terminé, un sacrifice est organisé en coupant la trame. Une nouvelle pièce textile peut être produite tout comme on ensemence un champ de céréales pour y renouveler la vie. Le tissu produit collectivement transmet ses qualités sacrées et protectrices à son environnement. Les tisseuses contribuent ainsi de façon considérable à la survie économique et au bien-être des membres de la famille.






COFFRE KABYLE. ASENDUQ N TASSENDUQ
COFFRE KABYLE. ASENDUQ N TASSENDUQ


Ce coffre parallélépipédique à céréales fabriqué en bois et monté sur 4 pieds massifs, est muni d'un couvercle plat posé sur la partie haute et articulé sur des charnières en fer forgé. Plaqué contre un mur, le meuble offre trois faces très décorées.

Une similitude de techniques, de dimensions et de décors a été observée avec les cercueils de puniques ou libyques du 4® siècle avant J.-C.





PAIRE DE FIBULES
PAIRE DE FIBULES

Cette paire de fibules appartenait à Zaïna Toudert, fille d'un bijoutier de Taka (Tizi-Ouzou). Créées par son père et offertes pour son mariage vers 1900, elles ont été conservées dans la famille malgré les difficultés financières. Transmises à sa fille, puis léguées au Mucem par sa petite-fille, elles illustrent une patrimonialisation consciente du rôle du musée.








Malgré des siècles de colonisation et de tentatives d’assimilation, la culture amazighe a su préserver son identité profonde. Si les divergences linguistiques et les pressions historiques ont freiné son épanouissement, les récentes initiatives politiques, médiatiques et culturelles témoignent d’un véritable renouveau. La reconnaissance institutionnelle de la langue, la valorisation du patrimoine artisanal et la mise en lumière du rôle central des femmes traduisent une volonté commune de faire revivre et rayonner cette culture millénaire, symbole de résistance et de fierté.




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